Racines et sentiers
correspondance - un fleuve à dire
Des mots et des hommes
L'écriture de Pierre Perrault m'atteint par « Des mots et des hommes » un article de la revue maritime l'Escale n° 49, 1992. Le 5 janvier 1993, j'écris à Pierre Perrault pour demander l'autorisation d'utiliser ses textes pour mes cartes de souhaits.
manuscrit reçu le 25 février 1993
à Nichole
en échange d'un fleuve à dire par tous les moyens
Estratto da
ATTI DEL CONVEGNO "Venezia E I Caboto"
21 - 23 Maggio 1990
L'autorisation m'arrive le 25 février 1993. Pierre Perrault en rajoute, me postant des photocopies des manuscrits de : DE LA DÉCOUVERTE et LE VISAGE HUMAIN D'UN FLEUVE SANS ESTUAIRE. Copies annotées et corrigées à la main.
...Puis, un jour, comme par surprise, une odeur de terre sèche, ... des bouées blanches comme des phoques qui se balancent... des filets que les pêcheurs paumaillent... des barques blanches comme des glaces prises aux mailles des mains nues... des icebergs échoués qui courtisent les îles sans espoir de partir... des îles rocheuses et sévères qui nous regardent venir, escomptant qu'on les découvre peut-être...
c'est la terre neuve au petit matin d'un vingtième jour de mer...
le soleil se lève, magicien, sur les rochers noirs, l'eau bleue et les glaces turquoises...
Je le nommerai, d'emblée et d'expérience,
ce fleuve de tous les jours qui nous échappe
par tous les moyens de la démesure et de la banalité
et qui fait de nous, qu'on le veuille ou non,
dans la plupart des cas, des riverains.
Et pour en parler un tant soit peu je dirai
à quel point il échappe au langage parsemé des villages...
et surtout à l'enclume maladroite des écritures
de plus en plus réduites aux formalités...
redoutant les envergures susceptibles d'épopées...
comme si la vieille Europe qui nous devance
en ces domaines n'était pas parvenue
à nous léguer une parole façonnée
à l'échelle des Amériques.
Comment, en effet, parler avec des mots inventés
et régentés par des académies bien civilisées
de la sauvage grandeur et de l'impitoyable immensité...
... Qu'est-ce donc qu'un fleuve ? Sinon un accouplement majestueux avec la mer océane ! Une confusion sereine avec le large. Un désir qui risque sa peau à toutes voiles ! Aussi bien, pour exprimer, si possible, ses rencontres avec l'infini, nous partirons à la recherche de l'imprécis... de la transition... de tout cela que les géographes indécis nomment l'estuaire