Patrice Delval

raconte
La mer
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ciel - écailles - plumes - sel
La mer
Moisson, la pêche
En pêche
[ ... ] Je me souviens parfaitement de cette marée, nous étions en pêche depuis
plusieurs jours sans embarquer la queue d'un poisson et puis, d'un trait sur
l'autre, la « paillasse » est remontée à la surface, comme un
sous-marin.

Becs et plumes. Photo Patrice Delval. | L'attente.
Plusieurs jours sans embarquer la queue d'un poisson. |
Auréolé d'écume
Il fallait voir émerger, dans un bouillonnement verdâtre
auréolé d'écume, toute la partie antérieure du chalut pleine à craquer de
poissons. L'eau blanchissait dans un premier temps ou plus précisément,
devenait plus claire, puis, comme un bouchon, un énorme bouchon, le cul
jaillissait en surface et se couchait lentement, à son tour. La rallonge,
pleine également, sortait de l'eau à la manière d'un cétacé.
La voila !
C'est ce que l'on criait quand la «
paillasse
» faisait surface, excités par le beau trait riche de promesses.

Photo collection privée Patrice Delval. |
Patrice Delval, pêcheur et matelot, à 19 ans, sur le Notre Dame
Panetière en 1967. |
Quand tout était en surface, il était possible d'y marcher tant la concentration de
poissons était dense. Cela n'était pas rare que le patron s'en charge pour
aller boucher un trou menaçant de s'élargir et de faire perdre une partie de la
récolte. Cette façon de remonter est due aux vessies natatoires des poissons
(tous n'en sont pas dotés) qui, avec la différence de pression entre le fond
et la surface, se dilatent et produisent un effet de ballon. Sur un gros trait
renfermant des milliers de poissons, imagine la baudruche qui ne demande qu'à
émerger.

Becs et plumes. Photo Patrice Delval. |
Derrière le « laboureur » de la mer, il n'y en a pas
toujours pour tout le monde, c'est dire si l'on se presse ! |
J'étais mousse
Le plus gros trait qu'il m'ait été donné de voir, sur un chalutier « classique »,
c'était quand j'étais mousse sur le Dupleix. Il restait encore environ 100 mètres de fûnes à virer,
c'est-à-dire que les panneaux divergents se trouvaient en pleine eau, quand
elle est apparue, la presque totalité du chalut, nous en avons viré près de
50 tonnes ce jour-là. Les dernières palanquées faisaient comme une vague sur
le pont, le poisson tombait partout, jusque dans l'entrée du poste d'équipage. Le
pont, nous ne l'avons revu qu'au bout de 60 heures. Il fallait en casser
de la glace pour conserver la pêche.

Becs et plumes. Photo Patrice Delval. |
Une mouette protégeant son oisillon, dans une anfractuosité du
caisson
sud, à l'entrée du port de Boulogne-sur-Mer. |
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Patrice Delval, Boulogne-sur-Mer, France.
Courriel, le lundi 7 janvier 2002. |
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