Gros temps
Quand nous quittions le port pour une marée et qu'il faisait gros temps, le
patron nous faisait descendre dans la cale pour préparer les caisses en bois
destinées à recevoir le poisson de qualité, mieux vendu que le commun.
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Dans la cale du chalutier Dupleix, 1963. |
Nous y étions enfermés de 7 h à 12 h et de 13 h 30 à 18 h. Les mouvements du
navire étaient moins amplifiés que sur le pont, mais les coups de boutoir de
la mer sur la coque retentissaient jusqu'à l'intérieur du corps. On savait
quand le chalutier peinait pour se lever à la lame après avoir embarqué
plusieurs paquets de mer successifs. Comme un animal qui tente de s'ébrouer au
sortir de l'eau, il était secoué de tremblements lourds, de frissons de toute
la carène qui se transmettaient dans le moindre recoin du bord.
Il était très dangereux de rester ainsi enfermé, et le fait d'ouvrir les
panneaux pour en sortir eut été plus dangereux encore. « Attention à çui-là »,
et chacun se retenait, tu sentais la descente dans le creux, le choc de
l'étrave sur le mur de la lame suivante. Tu entendais le grondement du paquet
déferler sur le gaillard d'avant et tomber en cataractes sur le pont et, dans
le même temps, les tonnes d'eau partir d'un bord et s'échapper par les sabords
de décharge.
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Chalutier la Souveraine. |
Le cap diminuait seulement pour nous permettre de remonter. On mettait à la
cape ou à allure réduite le temps de passer les plats à l'avant. Une fois
terminé, ça repartait de plus belle.
L'odeur des planchettes de sapin et de hêtre précédaient celle du poisson, la
prédominance de l'une s'estompant au fur et à mesure de l'arrivée de l'autre.
Notre langage n'était pas celui d'une province, mais celui d'une petite tribu,
avec aussi de nombreux sacres et blasphèmes. |